mardi 24 octobre 2017

CES RÊVES QU'ON PIÉTINE


CES RÊVES QU'ON PIÉTINE

Troisième tentation RL.
Première lecture enfin plutôt convaincante et satisfaisante.
Et pourtant, c'était loin d'être gagné. La thématique n'était pas très engageante. Seconde guerre mondiale, Magda Goebbels, une histoire de lettres....

Et en fait, dès les premières pages, j'ai été embarquée dans cette tragédie glaçante qui a marqué notre Histoire, baignée de folie meurtrière, de souffrance et de misère humaines. Complètement captivée par le terrible sort de ces survivants de l'enfer des camps, m'attachant incroyablement à chaque personnage. Totalement subjuguée par le destin fascinant et perturbant de l'ambitieuse Magda Goebbels, la femme la plus puissante du IIIè Reich, terrée au moment du récit dans le Führerbunker avec ses 6 enfants qu'elle préférera tuer avant de se suicider avec son mari, convaincue que "le monde qui va venir après le Führer et le national-socialisme ne vaut plus la peine qu'on y vive".

Ouf, c'est du lourd, me dira-t-on. Mais c'est sans compter le talent de conteur de Sébastien Spitzer qui, incroyablement, a réussi à m'immerger dans cette ambiance chargée sans que je me sente étouffer. Le résultat est un récit fort et bouleversant sur différents plans. Ce qui m'a vraiment portée, c'est qu'il a réussi à donner vie de façon soufflante et crédible aux personnages de son récit, jusqu'aux Alliés américains, rendant justice et un bel hommage aux personnes qui ont réellement traversé cet enfer, et proposant un portrait inédit (pour ma part) sur les proches d'Hitler qui permet de ressentir encore plus vivement tout le drame et l'horreur de cette sinistre mascarade historique. Cette mise en miroir de ces deux univers que seule la folie humaine divise est extrêmement subtile et finement développée, et l'auteur nous tient même en haleine en distillant le suspense avec habileté.

Il est parvenu aussi à glisser de l'humanité dans toute cette inhumanité, en imaginant les sentiments et les motivations des personnages avec une justesse dans le ton et le choix des mots, sans jamais un gramme d'empathie de trop, ni de pathos, ni de prise de position, juste un regard observateur, que ce soit avec les survivants des camps ou les Nazis. C'est psychologiquement violent et dur, c'est la peinture réaliste et sans concession d'un monde qu'on ne comprendra jamais mais qu'il a réussi à sublimer en quelque sorte à travers une écriture maîtrisée et admirable, efficace et précise, et son sens de la mise en scène qui restituent avec un réalisme assez vertigineux les derniers jours de cette période funeste.

Que l'auteur ait réussi à me captiver, à m'intriguer, à me surprendre et à me bouleverser sur une période sur laquelle tant a déjà été dit et écrit, c'est une sacrée prouesse en soi.
Comme l'auteur le dit dans ses remerciements, on en oublierait presque qu'il en existait déjà beaucoup, des livres, sur cette époque maudite. Un sujet grave et lourd pour lequel il est difficile de s'enthousiasmer mais qui est tout de même assez brillamment traité.

Mon seul gros bémol, c'est toute la mythologie autour du beau-père de Magda, ses lettres un peu trop enflammées et lyriques, qui les rendent peu crédibles, le pathos de trop alors que le reste du roman en était dépourvu, surtout qu'on ne voit pas bien ce qui lierait aussi fort un tel homme à une femme qu'il n'a connu que quelques années enfant et tardivement qui plus est.
Mais j'ai aimé tout de même les motivations de l'auteur derrière la "création" du personnage du beau-père et sa volonté de romancer quelque peu sa vie. Cette idée de donner la voix a une victime de plus, et pas des moindres car directement liée (plus ou moins) à la femme la plus puissante du IIIè Reich.

Extrait :
"Installée sur un pliable de golfeur, Lee s'efforce de rendre son texte vendeur. Elle racole pour la bonne cause et ajoute quelques adverbes "outrageusement", "effroyablement", "rageusement". D'habitude, elle évite ces mots de poudre aux yeux parce qu'ils sonnent faux et finissent tous par "-ment".

L'auteur
Sébastien Spitzer est journaliste. Ces rêves qu'on piétine est son premier roman.

Intègre le  

32 commentaires:

  1. "Il est parvenu aussi à glisser de l'humanité dans toute cette inhumanité" : ça doit certainement être très délicat de doter tous ces monstres humains de certains sentiments dont on aimerait qu'ils soient dénués...
    Ce livre me tente beaucoup, je le lirai sans doute moi qui ne suis pas encore rebutée par le sujet pourtant rebattu. Merci de confirmer mon envie.

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    1. Concernant les monstres dont tu parles, c'est surtout une certaine forme de folie qui prédomine finalement, plus que des sentiments qui les rendraient humains dans le sens noble du terme.
      Je guette ton avis, je serais très curieuse de te lire au sujet de ce livre !

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  2. Pas certaine d'avoir envie d'en savoir plus sur ce personnage de Magda, comme tu le dis, c'est une période que l'on ne peut comprendre, enfin, pas moi, en tout cas. On peut savoir et ne pas comprendre, j'ai fini par l'admettre, et je lis de moins en moins de livres sur le nazisme.

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    1. À vrai dire, quand j'aborde ce genre de livres, ce n'est pas vraiment pour en savoir plus sur les Nazis ou comprendre le nazisme, c'est plus global comme approche. J'ai été un peu fatiguée à une époque de lire autant de souffrance et de bêtise humaine sur cette période historique alors je te comprends, mais j'y reviens de temps à autres (mais rarement) malgré tout, et quand le sujet est aussi bien traité, il n'y a vraiment pas de regret.

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  3. J'ai enfin ce livre ! J'ai pu me le procurer pendant une rencontre/dédicace. J'ai vraiment hâte de m'y mettre ! L'auteur nous a dit avoir fait un rapprochement entre le père adoptif de Magda et le sien qu'il n'a pas connu avant l'adolescence. C'est peut-être à ce niveau qu'il s'est emballé. Vraiment, un ou deux mangas et c'est partiiiii !

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    1. Ah oui, ceci expliquerait peut-être cela, et effectivement, ça a plus de sens qu'il se soit autant emballé du coup.:-)
      Haha, à dans deux mangas alors, pour ton avis sur ce livre !:-)

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  4. Soyons honnêtes, ce roman me fait terriblement peur je dois dire, je crains un trop de réalisme qui me glacerait (autant sur le plan des nazis que sur celui des rescapés), surtout alors que novembre pointe le bout de son nez. Ceci-dit il y a quelque chose de fascinant dans le personnage de Magda, à la fois terrifiant et tragique, en tous les cas, tu en as fait une sacrée belle chronique (à mon sens la plus motivante que j'ai lue jusqu'à présent).

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    1. Oops, j'espère n'aiguiller personne sur la mauvaise voie alors.^^ Mais vraiment, j'ai trouvé ce livre fort et admirable pour un premier roman, et sur cette période en particulier. Je t'avouerais que ce n'est pas de gaieté de coeur que je me suis plongée dans ce livre, j'appréhendais moi aussi, mais j'étais quand même terriblement curieuse de tous ces avis enthousiastes, précisément sur un roman abordant cette période historique, avec Magda quasi en premier plan, et les rescapés en face. Et je n'ai vraiment pas été déçue.
      Quant à l'aspect réaliste, ça l'est , ça c'est indéniable, mais comme l'auteur reste dans la sobriété, sans en faire des caisses et sans être dans la froideur non plus (c'est vraiment bien équilibré), ça passe, même si c'est indéniablement glaçant.

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  5. Zut, je l'ai reposé sur l'étal d'une librairie d'occasion la semaine dernière... tant pis, si l'occasion, justement, ne se représente pas, j'attendrai sa sortie en poche. Mais comme Sandrine, le sujet m'intéresse toujours autant...

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    1. Ah oui, ça c'est dommage ! Mais bon, l'occasion (dans les deux sens^^) se représentera peut-être. Je serais vraiment curieuse de ton avis sur ce livre.

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  6. C'est un point de vue et un "épisode" historique qui me semble intéressant... tu donnes envie de le découvrir !

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    1. Vraiment intéressant, oui ! Je ne pensais pas du tout que je serais captivée par ce récit, et en fait, il m'a littéralement subjugué.

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  7. Ça pourrait m'intéresser... Un jour, peut-être...
    Merci pour cette nouvelle participation à mon challenge et bonne fin de soirée.

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    1. J'attends la prochaine session avec impatience !
      Bonne soirée.

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  8. Comme Galéa, je crains le côté glaçant de l'ensemble... J'ai beaucoup lu sur cette période et je m'y plonge maintenant par petites doses...

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    1. Ça se comprend parfaitement. Je suis moi-même souvent assez réticente à revenir sur des lectures sur cette période, j'en ai lus pas mal aussi à une époque, mais bon, la curiosité était forte cette fois-ci, je n'ai pas résisté, et c'est sans regret, vraiment.;-)

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  9. Bluffant ce roman... Toujours pas réussi à en parler, tu le fais très bien d'ailleurs ;-)

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    1. Bluffant, oui, c'est le mot ! Tu sais, des fois il n'y a pas besoin de développer, tu as trouvé le mot juste, et c'est largement suffisant.;-) Mais je te lirai quand même volontiers à ce sujet quand tu développeras.:-)

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  10. Mouais mouais. Bon, j'ai à lire par ailleurs, mais là tu as l'air convaincue

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    1. Je pourrais te le faire parvenir mais je sens que tu ne manques pas de lecture en ce moment.;-)
      (youhou, le retour ! J'active mon bouclier anti-PAL aussi)

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  11. Quel premier roman ! Et quelle écriture, quelle prise de risque, quel sujet casse-gueule remarquablement maîtrisé. Une des plus belles surprises de la rentrée, incontestablement.

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    1. Oui, j'avoue. Encore que, finalement, j'ai lu très peu de la RL, alors je n'ai peut-être pas fini d'être surprise (enfin, j'espère^^).

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  12. Je n'étais pas convaincue jusqu'alors, mais ton billet me le fait noter... tu vois ton pouvoir de persuasion !

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    1. J'ai été personnellement très convaincue par ce roman, j'espère que ceux qui se lanceront suite à mon billet ne seront pas déçus.:-S
      Très curieuse de ton avis sur ce livre en tout cas !

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  13. Il y a des livres comme ça qui ne m'interpellent pas non plus au premier regard (pas forcément celui-ci, je parle des livres en général). Et puis quand les personnages arrivent à me captiver, comme c'est arrivé ici avec toi, ça change tout. Les personnages sont à mes yeux le cœur d'une histoire, quand j'arrive à me les approprier, à les ressentir, à les accompagner dans ce qu'ils traversent d'émotions vives, je suis conquise.
    Quelques bémols que je note quand même au passage...
    C'est dimanche mais il faut en profiter, allez, on s'retrousse les manches, on garde la tête haute et on n'y pense pas! Non non! ^^
    GROS SMACK!!!!! Slurpppppppp xx

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    1. Oui, voilà, quand une intrigue ou des personnages parviennent à nous captiver, à nous plonger au coeur du livre comme si on y était, à nous intéresser véritablement à ce qui s'y déroule, c'est tout bon.:-) Ils ne sont pas si nombreux ces livres mais quand on en tient entre les mains, quel plaisir de lecture !!
      Quelques bémols, oui, mais comme dit Jérôme, c'est tout de même une des plus belles surprises de la rentrée, surtout sur cette thématique.
      J'ai quelques jours de repos avant de reprendre, je compte en profiter !
      Big smaaaacks !!! ^^

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  14. Je l'avais déjà repéré mais après ton billet il devient un indispensable. On a tellement lu sur cette période que je me dis toujours que c'est presque trop facile de choisir ce thème... Et pourtant, ça reste une période fascinante (bien que glaçante) et apparemment avec du talent, on arrive encore à écrire quelque chose d'original.

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    1. C'est exactement ça ! "Avec du talent, on arrive encore à écrire quelque chose d'original", c'est assez bluffant. Ça vaut pour tous les livres d'ailleurs, sur d'autres thématiques. Il n'y a pas de sujet qui n'ait pas déjà été exploré en littérature, tout ayant déjà été dit sur tout:-)
      Je guette ton billet, je te lirai volontiers à ce sujet.

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  15. Une très bonne lecture pour moi aussi, férue de la période historique. Je trouve qu'oser le point de vue Magda est une réelle prise de risque, très bien maîtrisée.
    C'est rare que l'on sorte du schéma "gentils" prisonniers/"méchants" nazis (sans aucun jugement personnel je précise), ici, l'humanité est des deux côtés.

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    1. C'est très juste ce que tu dis. C'était un sujet risqué, développé sous un angle de vue peu commun, mais l'auteur l'a maîtrisé avec talent. Je ne pensais pas adhérer à ce livre avec autant d'enthousiasme mais force est de constater qu'il m'a conquise.

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  16. Ah ben.... pourquoi pas... mais pas de suite. Se préparer psychologiquement je crois !

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    1. Oui, le genre de livres qui se lit quand on sent que c'est le bon moment, c'est sûr.

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^

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